Solo : un concert qui s’écoute et qui se danse

Photo journal

Occuper seul une scène
Un coin de trottoir
Un  bout de comptoir
Trois solitudes différentes pour un seul interprète
Qu’est ce qui peut amener un musicien à aimer ça

Sur la scène il brille
Aimante le regard, séduit, émeut, déçoit
Son grand jeu :  attraper l’image
La tendre, l’arc-bouter,  l’étirer,  la diluer délicatement
Pour s’offrir en miroir à l’autre
Et plonger lui-même dans sa mise en abîme
Sur la scène le soliste est Artiste

Au coin de la rue
Réverbère à sons, enluminure des carrefours
Cintré dans le costume intemporel des rumeurs du monde
Il donne de la voix
Pêche le chalant sur le pont du caniveau
« A vot’ bon coeur m’sieudam »
Seul passage étroit qui reste à travers les cours intérieures de nos charités
Debout ou assis sur sa caisse
Pas catholique, un peu émigré, plus ou moins de passage
Comme son public d’ailleurs
Il se demande si c’est lui qui emmène les gens ou bien les gens qui l’amènent

Dans la rue le soliste est Saltimbanque
Au bar du quartier il accompagne l’humeur généreuse des flippers à palabres
A l’ombre des néons il rapproche les lèvres des amants
Au bout du comptoir il remorque la tristesse du délaissé
Conduit la cadence des pieds à la tête
Entre par le corps pour mieux résonner à nos oreilles

Le soliste de bar est Poète de la nuit