Vernon Lee / Romain Rolland : un regard pacifiste sur le monde

Une femme / Un homme :

Deux regards portés sur la folie d’une époque : la leur, dont l’écho résonne dans la nôtre.

Une parole croisée qui dénonce sans renoncer.

Une parole qui tranche, qui ose, qui espère.

Le propos :

Faire dialoguer deux  voix pacifistes, l’une féminine, l’autre masculine.

Accès à la lecture

 

Historique de création …

Au départ il y a eu la proposition de Sophie Geoffroy que j’intervienne, en tant que comédienne,  dans le cadre du colloque « Artisans de la paix et Passeurs » du 20-21 Octobre 2017 à l’Université de Saint-Denis de la Réunion. Sa demande était la suivante : faire dialoguer deux auteurs : Vernon Lee et Romain Rolland, un homme et une femme qui tout deux ont œuvré, à travers leurs écris et prises de position à promouvoir la paix et la tolérance en plein milieux d’un vingtième siècle chahuté par de violents courants (la guerre de 14, la révolution d’octobre, la crise de 29 …). Le format de la prestation devait durer une heure et clore les deux journées de colloque. Il s’agissait donc pour moi de proposer également (outre les textes de Vernon Lee et Romain Rolland) une mise en perspective des nombreuses réflexions et questionnements qui avaient été abordés aux cours de ces journées.

 

… Et propositions dramaturgiques :

Ma démarche a alors été la suivante. J’ai lu des écris de l’un et l’autre des auteurs afin de m’imprégner de leurs pensées et, plus largement, du contexte historique dans lequel ils vivaient. A partir de ce matériau fourni, j’ai retenu quelques-unes de leurs œuvres et ai  construit une dramaturgie sous forme de copié/collé de leurs propos. Je me suis ensuite attelée à bâtir un mouvement rythmé, une forme qui mette en relief les paroles de l’un et de l’autre et qui propose une lecture du monde dans lequel ils évoluaient.

Du côté de Romain Rolland j’ai privilégié les écris théoriques et me suis notamment appuyé sur « La déclaration de l’indépendance de l’esprit » ainsi que sur un autre article « Au-dessus de la mêlée ».

Pour aborder Vernon Lee j’ai choisi d’une part des extraits de sa correspondance de guerre et de l’autre, un conte qui met en scène les différentes nations d’Europe dans le conflit qui les oppose : « The Ballet of the Nations », que j’ai choisi non pas de lire mais de chanter. Ce morceau concluant la performance, le chant avait une portée symbolique beaucoup plus forte. Entre ces deux paroles il m’a semblé important de faire entendre des données factuelles : les chiffres de la guerre (750 fusillés pour l’exemple dans l’armée italienne, 300.000 gueules cassées en Europe, 3 millions d’hectares de terrain déclarés impropre à l’agriculture en France à cause de la présence dans le sol d’obus et de balles mais également de cadavres humains ou d’animaux, 1 milliard d’obus tirés pendant les quatre années du conflit, etc.) qui, livrés tel quel et sans aucune émotion, renforçait l’aspect terrible de la situation.

Au niveau du plateau j’ai proposé trois espaces minimalistes : deux pupitres et une petite table. L’espace vide se remplissant au fur et à mesure de la performance des papiers froissés des textes lus comme autant de décombres, champs de bataille et ruines : vestige de la guerre, de l’effondrement de l’Europe et d’une pensée humaniste. C’était une illustration directe des propos tenus par les auteurs :

« Car avec chaque mois, chaque semaine de carnage il s’en va, non seulement tant de belles et nécessaires jeunes vies partout, mais partout aussi –et très visiblement chez nous—une si large part de tout le peu de viabilité intellectuelle et morale qui s’était si difficilement accumulé pendant des siècles … et qu’on ne refait pas du jour au lendemain ! »

« Quant aux monuments, j’en ai fait mon deuil ; (…) Un jour ou l’autre Venise entière tombera en poussière sous l’explosion des obus tombant dans la lagune… » Vernon Lee

« [Europe] Tu as perdu ton chemin, tu piétines dans un cimetière. Ta place est là. Couche-toi ! Et que d’autres conduisent le monde ! » Romain Rolland

Quelques éléments biographiques et bibliographiques non exhaustifs :

Violet Paget, plus connue sous le pseudonyme de Vernon Lee,  est une femme de lettres  anglaise (1856 – 1935) dont l’œuvre est  éclectique. Nouvelles, poèmes ou essais, elle porte un regard curieux et affuté sur la société.  Nourrie des avancées en sciences humaines de son époque (linguistique, psychologie,  psychanalyse), elle utilise sa plume avant – gardiste aussi bien pour des combats éthiques (la cause féminine, le pacifisme) qu’esthétiques.

The Ballet of the Nations, A Present-Day Morality (1915)

Art and Life (1896)

The Beautiful. An Introduction to Psychological Aesthetics (1913)

Studies of the Eighteenth Century in Italy (1880) etc.

Blog de Sophie Geoffroy : The Sybil : https://thesibylblog.com/

Romain Rolland est un écrivain français (1866 – 1944) qui, porté par un idéal humaniste, s’engage farouchement pour  la paix qu’il ne cessera de défendre durant plusieurs années. Décoré en 1915 du prix nobel pour son œuvre, il s’intéresse aussi bien au travail de Freud (avec lequel il correspond de 1923 à 1936) qu’aux philosophies indiennes. Essayistes et auteurs (romans, pièces de théâtre, mémoires) il s’intéresse également beaucoup à la musique.

 « Au dessus de la mêlée » paru dans le Journal de Genève le 23.09.1914

 « La déclaration de l’indépendance de l’esprit », Manifeste,  publié le 26.06.1919 dans le Quotidien l’Humanité

Jean-Christophe, 1904-1912

Les Loups, 1898

Le triomphe de la raison, 1899 etc.

Représentation le :
20 Octobre 2017, La Réunion (974)